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samedi 25 avril 2009

Cessez de bavasser, dessinez !

Le maître a dit.

L'escargot obéit.
Pas à pas,
pied à pied
trait par trait
point par point.

Au bout de la nuit
l'escargot se couche.
Sur le trottoir
son oeuvre brille.
D'une ponctuation
fil argenté.

L'antenne levée,
"Maître" dit l'Escargot
"J'ai fini !"
Le maître dit "Bravo !"

J'ai suivi ce matin
Pas à pas
Pied à pied
Point par point
Trait par trait
A cloche pied...
le jeu de l'oie de l'Escargot

Pas à pas
Pied à pied
Point par point
Trait par trait
A cloche pied...

"Recommencez" dit le maître

Pas à pas....... Pied à pied.................... Point par point....................
Trait par trait...................... a . Clo........che........pied.....sous........vos.......yeux...........je......le........."fée"

mercredi 22 avril 2009

Brrrrrr, à faire peur

LA MAIN VERTE
Conte du Dauphiné, façon Lania


Il y a main et main. Il y a main à donner ou à serrer, main à tendre ou à prêter, mains de maître ou mains jointes, mains sales à laver, main de fer à la craindre, ou main de velours à l'espérer, main droite ou main gauche et de la main à la main d'autres mains et demains.
Mais aujourd'hui il y a main verte. La main verte. Non pas celle qui donne de l'âme aux fleurs, mais celle qui donne des peurs à l'âme, l'âme des petites filles.
QUITTEZ VOS LUNETTES ENFANTS QUI EN AVEZ. FERMEZ VOS YEUX SI N'EN AVEZ PAS. L'HISTOIRE S'APPROCHE. L'HISTOIRE VIENT. L'HISTOIRE EST LA.
Il était une fois, une maman demanda à sa fille d'aller chercher sa bassine à laver. "Je ne peux pas y aller, tu vois bien que je nourris ton petit frère" et elle ou elle avait rangé la bassine à laver la dernière fois qu'elle l'avait utilisé. "Allez petite et ramenez-la moi !" L'enfant s'en alla. Sa maman écouta le claquement de ses pas diminuer en direction de la cave, jusqu'à ce qu'ils ne fassent plus tacatac comme ils faisaient sur chacune des marches à claire voie qui descendaient à la cave. Alors la maman imagina les petits pieds. Elle les voyaient se poser sur le sol de terre molle et irrégulière qui étouffait les bruits. Elle imagina l'enfant en train de chercher la bassine en métal. Mais elle ne put imaginer ce que découvrit l'enfant. Pas plus qu'elle ne put entendre le cri que la petite fille poussa en sursautant quand une main verte surgit sous ses yeux et la regarda fixement raide comme une main de fer. La petite fille se figea. Pourtant elle n'avait qu'un seul désir. Fuir. Mais elle était dans l'impossibilité de décoller un seul pied du sol et incapable de bouger un seul doigt. Seules ses oreilles fonctionnaient encore. Quand la Main verte se mit à parler, elles l'écoutèrent. Elle disait :
"Attention fillette, ne raconte surtout pas à ta mère que tu m'as vue sinon ce soir je me régalerai d'une petite fille qui aura trop parlé !"
La petite fille comprit tout. Elle n'avait aucune envie de servir de repas au monstre qui la narguait à trois pas de son nez. Elle lui répondit en s'empêchant maladroitement de trembler : "Je je je ne pense pas que hoc hoc je le dirai à hoc hoc ma mama ma maman, c'est hoc promis !"

A ces mots la Main Verte disparut. L'enfant retrouva peu à peu sa respiration.
Dans la cave il y avait très peu de lumière et beaucoup de toiles d'araignées qui lui caresseraient les cheveux, les bras, les joues ou les mains. Brrrrrr, à l'idée elle frémit encore. Elle ne s'attarderait pas davantage. Elle attrapa la bassine à laver et fit demi-tour sans tarder.



Déjà les petits souliers ne font plus taca tac tacatac sur les marches à claire voie de l'escalier qui surgit de la cave. Ils glissent sur le parquet ciré du couloir. Le coeur de l'enfant bat si fort la chamade que la maman l'entend dès qu'elle apparaît. Elle tourne la tête et s'exclame " Petite, vous pleurez ? Pourquoi donc, dites moi tout, je veux savoir : que vous a-t-on fait ?"La Main Verte dressée au-dessus de la bassine à laver se présente aussitôt à l'esprit de l'enfant. Elle voit l'index accusateur, elle l'entend dire "Attention Petite, ne dis pas que tu m'as vue sinon ce soir je te tue !" L'enfant ferme les yeux. Elle se souvient de sa promesse. Elle se taira. Mais sa maman insiste. Elle demande encore une fois "Pourquoi pleurez-vous mon enfant, pourquoi donc, parlez-moi ! C'est important Je dois savoir !" L'enfant hoquète "Si je vous le dis Ma Mère, la Main Verte me mangera !" Et dans sa gorge trébuche un nouveau hoquet.
"C'est une histoire idiote fillette que vous me racontez-là, une Main Verte qui parle ça n'existe pas ! Si vous continuez ainsi, vous deviendrez conteuse mon enfant ! Une main verte qui aurait envie de manger, ça n'existe pas ! Cessez de pleurez s'il vous plaît. Et n'oubliez pas que de toutes les façons je suis là pour vous garder, pour vous protéger ! Mademoiselle, tant que je serai là personne ne vous mangera !"
Ce sont de belles paroles réconfortantes et pourtant l'enfant se remet à pleurer et à hoqueter de plus belle. Elle est terrorisée. Elle a beau tenir ses yeux fermés, la Main Verte est toujours là. Sa mère insiste : "Alors fillette, racontez-moi tout !".

L'enfant raconte tout ce qu'elle a vu de ses yeux vus "Maman il y a dans votre cave une affreuse Main Verte. Elle m'a sauté au nez du plus profond de la bassine à laver. J'ai eu très peur. J'ai sursauté. J'ai manqué tomber. Elle m'a parlée. Je l'ai écoutée. Elle m'a dit qu'elle me mangerait si je m'avisais de vous raconter !" Et l'enfant se remet à trembler. "Venez dans mes bras, calmez-vous, n'ayez pas peur" dit la mère tout en lui caressant les cheveux. " Montez vous coucher et soyez sans crainte j'irai vous voir dans le milieu de la nuit ! Allez bonne et douce nuit petite !" L'enfant embrasse sa maman qui la regarde avec tendresse. La voilà rassurée. Quelques tac tac tac rapides elle monte les marches deux par deux comme un jeu et au bout de l'escalier elle entre dans sa chambre. Vite je me déshabille et je me couche. La voilà endormie d'un bon sommeil d'enfant. Bientôt la nuit se fait profonde, épaisse, noire et une chouette hulule. C'est à cet instant précisément que dans l'escalier de la cave une planche gémit. Puis une autre et une autre encore. L'enfant est réveillée. Elle a entendu. Mais elle n'entend plus. Elle retient son souffle. Elle écoute le silence. C'est alors qu'une voix dit "Tu m'as désobéi fillette, tu as parlé, me voilà non loin de toi, en haut de l'escalier de la cave. Je viens te prendre et je te mangerai !" L'enfant bouche ses deux oreilles de ses deux mains et elle appuie bien fort sur elles. Mais cela ne l'empêche pas d'entendre de nouveau des pas. "Ni la voix : "Qui m'a désobéi fillette ? Je suis dans la cuisine, j'aiguise les couteaux et je prépare ma tartine pour t'étaler dessus !" Cette fois l'enfant se glace et se coule en entier sous le drap de lit qui est secoué de tremblements. La porte s'ouvre et la voix dit "Fillette qui a trop parlé me voilà arrivée !" Sous le drap le coeur de l'enfant bat de nouveau la chamade. Le lit bouge : son coeur va éclater. "Me voilà près de toi fillette, je vais te manger !" Le drap se soulève et l'enfant s'évanouit. Dans la pâle lueur de la lune, le lit n'est plus qu'une plaque blanche vide ! Dans l'escalier une enfant sidérée pend au bout d'une Main Verte ! Quand le coq chante le jour se lève et la maman aussi. Elle se précipite dans la chambre de son enfant et pousse un cri. Sur le drap blanc une tache de sang. Alors elle hurle puis soudain lui revient en mémoire tout ce que lui a dit l'enfant. Elle disait vrai. Cla cla cla cla cla ses pieds dévalent les escaliers en trombe ; glissent sur le plancher ciré à toute allure, dégringolent de nouveau vers la cave. La Main Verte est bien là. La Maman n'hésite pas. De ses deux mains voilà une Main Verte bel et bien tranchée. L'enfant, toujours vivante, quitte le coin où elle s'était cachée et se jette dans les bras de sa mère. Toutes les deux rient et pleurent de joie. Ouf, cette fois l'histoire est finie. Tout va pour le mieux sauf pour la main qui l'a écrite : elle est bleue de peur.




? chamade : Batterie de tambour ou sonnerie qui annonçait l?intention de capituler dans une ville assiégée
? mais aussi, c?ur dont le rythme s?accélère sous l?effet d?une violente émotion :
Au revoir
Et à bientôt
Le texte original de "La Main Verte" se trouve dans l?ouvrage intitulé
« 365 contes de la Tête aux Pieds » sûrement chez Gallimard sous la direction de Muriel Bloch (à vérifier)

vendredi 10 avril 2009

Le nouveau sceau du sultan 1ère

C'était il y a longtemps, au pays des sultans.
Un matin le Sultan mande son vizir et lui demande de lui faire graver un nouveau sceau d'une nouvelle phrase. Le Vizir s'incline et se retire courbé et à reculons lorsque le Vizir lui précise "Trouve une phrase qui ne fera naître en moi ni joie, ni colère ! Tu as un mois pour trouver la phrase et fabriquer mon nouveau sceau !"


Une phrase qui ne fera naître ni joie ni colère !!!! Le Vizir est bien ennuyé. Il n'en voit pas. Dans sa tête c'est le branle bas de combat pour une chasse au souvenir de mots, de phrases, d'expressions. Mais rien ne vient.
Bientôt il frappe aux portes de certaines maisons.
"Une phrase qui ne fait naître ni joie, ni colère !" lui dit-on ? Il n'est plus seul à s'interroger, ils sont plusieurs à chercher. Mais rien ne vient.
Le Vizir quitte ville et palais. Il se rend en campagne. Les paysans ont du bon sens. Ils trouveront la phrase.
Dans un village. Il interroge.
"Une phrase qui ne fait naître ni joie ni colère ?" Lui dit-on ? Celui qui répète la phrase devant lui n'est autre que le personnage le plus important du village : le Cheik. Il a reçu le Vizir avec grand train, comme doit être reçu l'éminent personnage qu'est un Vizir, soit le plus important du royaume après le Sultan. Maintenant il cherche dans sa mémoire, le Cheik et il fait chercher dans certaines sourates et quelques parchemins. Mais il a beau faire, il ne trouve rien. Soudain son visage s'éclaire et il répond "C'est simple, il suffit de demander à la prunelle de mes yeux, ma fille Yasmina ! Elle sait déjà bien plus de choses que moi"
Il se tourne vers les serviteurs et lissant les manches de sa robe de soie il demande "Serviteurs faites venir Yasmina !"
Le Vizir est content : il souffle. Il imaginait déjà le mécontentement du sultan. Le mois avait bien avancé. L'ombre du bourreau planait dans son esprit. Elle s'évanouit quand les serviteurs apparaissent en compagnie de Yasmina et disparaît complètement devant la tranquille assurance de la jeune fille au demeurant fort jolie. "C'est très simple, dit-elle, je connais des énigmes bien plus difficiles à résoudre. Il faut écrire sur le sceau..... [Mais chut, histoire à suivre]

Le nouveau sceau du sultan 2ème

"Il faut faire écrire sur le sceau du sultan la phrase suivante
"La volonté d'Allah seule décide de nos joies et de nos peines !"
Et sur ces paroles elle propose un thé à la menthe. Le Vizir enthousiasmé par la réponse ne refuse pas. Quelques instants plus tard c'est avec précipitation qu'il se rend au palais.

Dans la grande salle du conseil le Sultan écoute les paroles du Vizir avec attention. "Redis-moi cette phrase" dit-il plusieurs fois Et le Vizir obéit Il la redit
"La volonté d'Allah seule décide de nos joies et de nos peines !"
Il la dit une fois, deux fois d'autres fois et le Sultan la répète à son tour : quelle belle phrase "la volonté d'Allah seule décide de nos joies et de nos peines !"
Et il ajoute "Décris-moi cette jeune personne, comment est-elle ?" Le Vizir fait une si belle description de la jeune fille, que le Sultan n'a plus qu'un seul désir : il veut devenir son époux. Et il ordonne au Vizir de l'emmener chez le Cheik, "Vizir, je veux que tu demandes sa main pour moi !"


Le lendemain la chose est faite. Contre son pesant d'or le Cheik donne sa fille au sultan. Les préparatifs du mariage se font sur place, la cérémonie dure plusieurs jours, les repas se déroulent dans l'opulence, l'ambiance est à la fête. Musiciens, danseuses, darboukas et autres insturments, musiciens, la fête est sublime. Mais tout à une fin, le sultan ramène sa belle épouse au palais et la vie s'écoule, comme le fleuve qui passe au pied du palais.

Le fleuve est très poissonneux, les pêcheurs y sont nombreux. Un matin la jeune sultane décide d'aller se promener sur ses berges.

vendredi 3 avril 2009

3 - 3 avril 2009 - Abounouba le farceur - 1

Il était une fois, ni deux ni trois, seulement une fois, celle-là
Dans une ville du Moyen-Orient, Abounouba. Ccelui que tout le monde appelle le farceur, l'p'tit rusé, le rigolo.
Abounouba pourtant est avant tout mari et papa. Alors avant de rire, Abounouba travaille. Il dessine des plans.

il construit et vend des maisons.

Un beau matin il se lève avec une idée neuve : dans sa ville orientale où toutes les maisons sont basses, il construira une maison à un étage. Il le pense, il le dit, il le fait. Bientôt la maison est sur pied. Abounouba est très fier : il ne reste plus qu'à la vendre.
Mais aucun acheteur ne se présente.
Abounouba est patient. Il attendra. Mais apparemment sa maison à étage n'intéresse personne.
Abounouba attend longtemps.
Heureusement un jour quelqu'un vient.
Abounouba se réjouit. Puis il ne se réjouit plus, car l'acheteur ne veut pas d'une maison à étage. Enfin si. Enfin non. L'acheteur veut seulement acheter l'étage de la maison. Il dit qu'être au-dessus de tous c'est une excellente idée. Il n'a pas besoin du rez-de-chaussée. Et il insiste
"non non, Abounouba, je te le dis, si j'achète, j'achète l'étage ou rien !"

"D'accord" dit Abounouba, "affaire faite !" Et il pense "Un jour je saurai te faire acheter mon rez de chaussée, je m'appelle Abounouba le p'tit rusé, le rigolo, le farceur !"


Pourtant, un mois deux mois, plusieurs mois plus tard l'acheteur, qui se plaît à son étage, ne parle toujours pas d'acheter le rez-de chaussée.

"Sacré nom d'une chicha" se dit Abounouba, "il va voir celui-là". Abounouba n'est pas à court d'idée.
Le lendemain, si le propriétaire de l'étage se réveille, c'est parce que ça cogne à tout va dans les murs. Et pour cause : Abounouba a ordonné aux ouvriers de détruire ceux du rez-de-chaussée. Ils poussent tous des cris très forts chaque fois qu'ils cognent, tapent, frappent qui avec son marteau, qui avec sa masse. Le propriétaire du premier étage se met à la fenêtre et se penche. Il découvre le désastre. Il hurle,
"olà Abounouba qu'est-ce que tu fais, tu fais n'importe quoi, je ne t'ai pas demandé de casser les murs ! "

Abounouba répond que justement, c'est parce qu'il ne lui a rien demandé qu'il démolit le rez de chaussée. "Tu ne veux pas acheter mon rez de chaussée vide. Il ne me rapporte rien, donc je le démolis !" Abounouba n'en montre rien, mais il se tord de rire et il ajoute "d'ailleurs surveille bien ton étage. Je ne veux pas qu'il s'écrase au sol : il pourrait blesser mes ouvriers !"

Le propriétaire de l'étage apprécie-t-il les ouvriers ? Il disparaît et réapparaît avec une bourse pleine de dinars. "Attrape Abounouba, tu as gagné, tu veux que je t'achète ton rez-de-chaussée et bien c'est fait. Et maintenant ne viens plus m'importuner !"

Les ouvriers quittent le chantier. Abounouba retourne dans sa maison. Il a le pied léger, la bourse pleine. C'est un homme heureux. Il chante :
"Ma ruse a bien fonctionné, ma ruse a bien marché, c'était pas difficile, fallait juste y penser
Ma ruse a bien marché, ma ruse a bien fonctionné, c'était très facile, bravo Abounouba !"...
Il ne termine pas sa nouvelle chanson. Le voilà bouche bée devant sa maison. Que lui est-il arrivée ? Que s'est-il passé en son absence ?

Sa femme se tient sur le seuil et elle pleure en lui montrant du doigt les ouvriers qui s'en vont après avoir creusé sa maison pour la transformer en panier percé. "Le sultan a rêvé qu'il y avait un trésor chez toi Abounouba dit-elle Il a envoyé ses ouvriers pour qu'ils creusent jusqu'à ce qu'ils trouvent le trésor et le lui ramènent"
"L'ont-ils trouvé ?" demande Abounouba
Sa femme répond en pleurant
"Pas du tout, ils n'ont trouvé aucun trésor et maintenant notre maison est ouverte à tous les vents !" et elle pleure de plus belle quand Abounouba s'étrangle de rire.
"Pourquoi ries-tu Abounouba, il n'y a rien de drôle !" dit sa femme.
"C'est vrai ma femme, il n'y a rien de drôle à avoir une maison pleine de trous, mais je vais arranger ça, et ça, se sera très drôle, compte sur moi". La femme d'Abounouba connaît son mari. Elle sait qu'il est rusé, rapide et farceur, elle l'accompagne dans la cuisine. Une solution s'impose immédiatement à lui. Il ouvre le garde manger.

3 - 3 avril 2009 Abounouba le farceur (suite 2)

Abounouba ouvre le garde-manger.
Il sort le plus vieux des fromages et le pose dans une écuelle. Une odeur infecte se répand dans l'atmosphère. Abounouba recouvre vivement le fromage d'un torchon et pose l'écuelle sur le rebord de la fenêtre. L'odeur nauséabonde se répant à la ronde. Les habitants sont nombreux à se pincer le nez. D'autres ravis arrivent à toute allure. Ce sont les demoiselles mouches. Faut les entendre Bzz bzzzzz bzzzetter et bzi bzi bziiiiiter. Abounouba n'en veut que deux ou trois. Quand trois malignes se glissent sous le torchon qui entoure l'écuelle dans laquelle est posé le fromage, d'un mouvement rapide Abounouba noue le noeud. Puis il sourit en pensant au lendemain.

Le lendemain c'est un homme heureux qui se réveille. Il s'habille en deux temps trois mouvements puis quitte sa demeure fromage sous torchon sur écuelle avec mouches sur fromage, le tout en mains et le pas léger il arrive au palais du sultan. "Menez-moi auprès du Sultan" demande-t-il aux gardes "Je dois lui montrer quelque chose !"

Quelques secondes plus tard il fait une profonde révérence et dit au Sultan en se relevant
"O Très Bon très Grand, très Haut, prête-moi une oreille attentive. Ecoute mes doléances. Quelques personnages se sont introduits dans ma demeure sans mon autorisation ! Je dois porter plainte contre eux ! "

A cet instant il remarque le léger mouvement du Sultan. Il pense aussitôt qu'il se souvient des ouvriers qu'il lui a envouyé.

Le Sultan quant à lui ne peut s'empêcher de se pincer le nez à cause de l'odeur infecte du fromage. Elle se répand par toute la salle du Conseil. Il demande à Abounouba s'il est bien certain de ce qu'il va avancer, car tout de même il ne doit faire aucune erreur en formulant son accusation. Elle pourrait se retrouner contre lui.

Abounouba assure au Sultant en se courbant de nouveau qu'il ne peut se tromper "Je les ai prises sur le fait, ô Très Bon ô très Grand, ô très Haut et je te les aies apportées ! Ce sont des mouches !" et d'un geste vif, il soulève le torchon. Les mouches s'échappent en se précipitant autour de la tête du Sultan.

Le Sultan est ahuri, il répète, "Tu veux porter plainte contre des mouches Abounouba, c'est impossible, ma Justice ne peux rien contre elles !"

Abounouba insiste. Il demande à recevoir ni plus ni moins l'autorisation de punir les mouches ; il répète "Je veux que tu me la donnes ô Très Bon ô très Grand, ô très Haut ; c'est tout de même bien Toi Seul, qui peut faire régner la justice !"
Le Sultan regarde ce petit homme rond qui l'interpelle. Il comprend qu'il ne changera pas d'avis. En même temps il ressent un peu de peine à l'imaginer dans sa maison toute trouée par ses soins. Il accepte en riant "J'accepte tes doléances Abounouba, tu as mon autorisation. Tu peux battre les mouches !"

Mais on n'en reste pas à une décision orale. Pas du tout. On rédige un texte.

On le signe et contre signe. Abounouba d'un côté, le Sultan lui-même de l'autre. Rassuré Abounouba retourne chez lui le pas léger. En passant devant l'atelier du charpentier il passe commande d'un petit maillet en bois de chêne : on n'a jamais vu maillet si petit et ça fait rire le charpentier "Crois-tu ouvoir tuer le renard qui dérobe les oeufs de ton poulailler Abounouba.. , " "Pas du tout, lui répond Abounouba, "je veux juste abattre les mouches : c'est une tapette, c'est tout !" !"
Et en chemin Abounouba peaufine son geste. [à suivre]
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PS pour grands lecteurs : à propos du maillet : signification symboliqueSymbolisme [modifier]
Le maillet et le marteau peuvent symbolisent le mal ou la force brutale.

Le maillet est l'arme de Thor, dieu nordique de l'orage, forgé par le nain Sindri. Il est aussi l'outil de Héphaïstos (ou son équivalent latin Vulcain), dieu boiteux de la forge.

Il représente l'activité formatrice ou démiurgique.

Dans la mythologie japonaise, le maillet est l'instrument magique, avec lequel le dieu du bonheur et de la richesse, Daikoku, fait surgir l'or.

Au XIXe siècle encore, on posait un maillet sur le front des agonisants afin de faciliter le passage, l'envol de l'âme. C'est une tradition romaine que le Doyen du Sacré Collège, d'un coup de marteau en métal précieux ou encore en ivoire, frappe le front du Pape qui vient d'expirer, avant de proclamer sa mort.

D'après certaines légendes lituanienne, les marteaux de fer sont les instruments avec lesquels les dieux brisent au printemps la glace et la neige.

Selon la symbolique maçonnique ; le maillet est le symbole de l'intelligence qui agit et persévère ; elle dirige la pensée et anime la méditation de celui qui, dans le silence de sa conscience, cherche la vérité. Au cours des tenues maçonniques trois maitres possèdent et utilisent un maillet : Le vénérable Maitre qui préside les travaux le premier et le second surveillant qui l'assistent.


PS : à propos de l'illustration : c'est une page de l'album Edi'yye-i Mesure Risalesi, calligraphiée par Ismail Bagdadi EN 176561766. Cat 138. Détail in "La bibliothèque du sérail, Filiz Cagman (Topkapi à Versailles)