mardi 26 mai 2009

Quand Muz Zon rencontra Moustique -1-


Tout d'abord, une petite devinette -ou sirandâne comme l'on dit sur l'île Maurice -
Quel est l'animal qui "porte bayonet par derier ?"
Réponse "Muz Zon"
Et au seul bourdonnement qu'évoque la prononciation -d'ailleurs amusez-vous et reprononcez-le Muzzz ZZZZon- vous avez deviné qu'il s'agit de la guêpe.

Apprenez maintenant que dans les temps anciens si Guêpe portait déjà son habit rayé jaune et noir il n'était pas en deux parties, séparées par sa si jolie taille fine. Non. En ce temps là, Guêpe n'avait pas la taille fine. Elle était ronde. Toute ronde. Bien rondelette et même bien arrondie. Malgré tout, elle avait bon caractère. Elle ne piquait pas. Non. Sa baïonnette lui servait à avoir du maintien, de l'allure, de la beauté. Ronde rondelette Mademoiselle Guêpe ressemblait à un mannequin. Et elle avait un franc succés.

Mais alors, pensez-vous, depuis quand pique-t-elle et pourquoi ?

Que je dise
Yé Krick
et vous
Yé Krack
et qu'on en dise
c'était il y a longtemps


Moustik, le beau, le grand, le long, le mince, l'effilé Moustik, travaille dans son champ. Il travaille avec application, ardeur, acharnement. Il sue sang et eau. A n'en pas voir le temps passer. Il bute les ignames depuis le lever du soleil. Attention, buter les ignames ne veut pas dire qu'il se tient à distance, fusil en min, pour contrecarer toute indiscipline de la part des ignames. Non l'igname est une plante. Buter veut dire tout simplement que Moustik ramène la terre en butte, ou en motte, autour des pieds des ignames, comme on pratique pour le bien être des pommes de terre, sur l'île de Ré ou ailleurs.

Il fait très chaud. Tout en travaillant il discute avec son amie Ombre. Voilà qu'elle ne lui répond plus. Qu'elle n'est plus là, qu'il est tout seul. Où est-elle passée celle-là ? Il se relève, se redresse, s'essuie le front et lève les yeux en l'air : il comprend. Il comprend pourquoi elle a disparu : il est midi au soleil. Midi ? Mais il est temps pour lui de faire comme elle. Temps de s'arrêter, pour boire ou pour manger. Moustique se prépare à aller manger quand il entend quelqu'un le saluer.

"Bonjour Moustique, comment ça va ?"
A la voix il sait que ce n'est pas Ombre. Qui est-ce ?

Il se retourne. Il découvre wouhaou, jolie Miss Guêpe.
Il la salue à son tour : "Bonjour Ma Belle, ça va bien merci et toi-même ?"

Cela fait quelque temps que Muz Zon voyage. Quelque temps qu'elle n'a pas dit grand mot. Elle a plaisir à rencontrer un ami. Elle en profite :
Elle dit "Pas mal merci Moustique, et votre petite famille Moustique, ça va ?Moustique répond "ça va merci pour elle !"
Elle poursuit "Et votre petite santé Moustique, ça va ?"
Il répond "ça va merci bien pour moi !"
Elle continue "Et vos ignames Moustique, ça va ?"
Il n'a pas le temps de répondre qu'elle dit ....

[désolée.../. c'est à suivre]

Quand Muz Zon rencontra Moustique -2-

Guêpe enchaîne en s'exclamant
"Wouahou Moustik vos ignames ont fort belle allure" Penchée par dessus la barrière elle inspecte d'un coup d'oeil le champ qu'il travaille.
Elle en rajoute
"Regardez-moi ces belles bûtées. Félicitations mon ami, félicitations. Votre récolte sera fort belle, croyez-moi !"
Et elle se retourne vers Moustik. "Mais pourquoi cet air dubitatif Moustik ?"
C'est vrai, Moustik a l'air dubitatif, incrédule, sceptique.
Elle insiste
"Pourquoi cet air, Moustik, pourquoi allez, répondez-moi, je veux savoir, je suis sûre que je ne fais pas erreur Moustik, je suis certaine de moi !"

"Ma foi, si vous le dites !" répond Moustik d'un air véritablement peu convaincu

Elle sursaute "Comment ça, "ma foi si vous le dites !" Je vous le dis moi, Muz Zon ! et je vous le répète"
Moustik jette à son tour, un regard à ses ignames

et dit "Ma foi oui, vous avez bien vu, c'est ma foi vrai, quoique !!!"
Il la brutalise. Elle sort de ses gongs. "Qu'est-ce que c'est que ce quoique Moustic !!! ça sent le couac ! Quoi qu'il y a Moustik encore !"
"Il y a que..." il s'arrête
Quoi qu'il y a encore Moustik !"
"Il y a Muz zon que.... certes mes ignames sont beaux mais... vous n'avez pas vu ceux de mon papa.
A côté des ignames de mon papa mes ignames ne ressemblent à rien, pas même à des navets. Quoi que je fasse année après année, les ignames de mon père sont de pures merveilles, alors que mes ignames se contentent de n'être toujours que des ignames ordinaires !"

Il fait un petit silence. Elle attend.
"On dirait que vous ne voulez pas me croire. Je vous assure. Si vous ne voulez pas me croire allez donc chez mon père admirer ses ignames !""

Aller chez le père de Moustik est une idée qui plaît à Miss Guêpe. Elle aime voyager, découvrir, rencontrer, échanger, discuter, nouvelles lieux, nouveaux gens, Muz Zon adore et d'autant plus qu'il s'agit là de découvrir les iganmes du père de son ami Moustik. C'est une magnifique idée.

"Excellente idée Moustik, où habite-t-il votre papa je veux le rencontrer, je veux voir sa poduction d'ignames et je reviendrai pour vous raconter, vous réconforter !"

"Hein, quoi comment ! C'est si loin d'ici, quel dommage !" dit-elle.
"Oui Muz zon, mon père n'habite pas tout près. Mais à bien y regarder
passé le premier puits d'eau,

passées les deux termitières,

ou celles australiennes de Jean Claude BALLOT Photographe architecte

passés les trois baobabs par trois fois centenaires,

à la première véranda que vous trouverez, vous serez arrivée !"

"Ah mais ça change tout au contraire, c'est beaucoup trop loin. Il me faudrait trois fois trois zailées de pollen alors que dans mon réservoir à ce jour je n'en ai plus que deux. Je suis désolée Moustik mais je ne pourrai ni comparer ni vous réconforter. C'est bien dommage, je m'étais déjà faite à l'idée croyez-moi !"
Muz Zon volète, tourne, vrombit de déception.
Elle se rapproche de Moustik et finaude elle lui dit
"Enfin Moustik ne me laissez pas insatisfaite, vous allez bien trouver une idée pour que je me fasse moi-même la mienne à propos des ignames de votre père ? Moustik, au moins vous vous les connaissez. Elle supplie Moustik. Moustiiiiiiiiiique !
Moustik se tait. Il réfléchit. Il s'essuie le front.
Elle le reprend "J'attends, dit-elle, j'attends !"
Moustik parle, il dit qu'il lui en vient une.
Muz Zonn s'excite "Vite Moustique, vite, dites, je veux pouvoir... "


(Désolée..../. c'est à suivre)
http://www.bj.refer.org/benin_ct
http://baobabs.com/Baobabs_generalites.htm/rec/igname/buttes.htm

Quand Muz Zon rencontra Moustique -3- et Fin

"Je veux pouvoir imaginer !" lance Guêpe avec enthousiasme. Ah l'imagination.

Moustik s'emporte "Et bien voilà" et Moustik parle, il parle en pinçant de ses doigts son pantalon de toile bleue et il tire dessus sans se rendre compte qu'il met à l'air ses longs et maigres mollets de Moustik".
Muz Zon a l'oeil aussi vif que l'esprit.
Au moment où Moustik dit "Tu vois Muz Zon, chaque igname du champ de mon père est au moins aussi gros et long que cette jambe qui est la mienne" les deux se télescopent et elle retient son rire. Pire elle ne dit rien. Du coup Moustik s'inquiète. "Tu te tais Muz Zon, pourquoi ?"
Il aurait dû se taire à son tour. Elle éclate de rire, elle se bidonne, elle s'écroule, elle rie comme elle n'a jamais ri.
Il s'inquiète encore
"Pourquoi tu ris Muz Zon ?"

Elle rit Muz Zon parce qu'elle sait. Elle sait ce que sont les ignames, cette sorte de tubercule oblongue* ou ovale ou plat et large comme des pieds qui se seraient largement étalés. Elle rit parce que longs comme les jambes de Moustique ils sont, au moins un mètre, mais frêles ah ça non. Alors elle imagine que si les ignames du papa de Moustik sont comme les mollets que Moustik affiche, ses ignames doivent être ridicules.
Cette fis Muz Zon ne retient plus son rire. Elle éclate, elle se déchaîne, elle se déchire la panse de rire. A ce point, elle retient son bedon d'une main. Mais la douleur gagne. Pire, voilà qu'elle enfle? boursoufle au point d'avoir honte de rire des ignames du père de Moustik. Il faut qu'elle arrête. Elle s'arrête. Voilà elle ne rie plus. Ouf, ça va un peu mieux.
Quoique. Voilà que Moustik laisse de nouveau apparaître une fine gambette. Immédiatement hi hi hi ha ha ha hou la la le rire la reprend.
Son ventre la fait souffrir de nouveau. Pour moins souffrir elle serre fort de ses deux mains et si fort que soudain leurs doigts se rejoignent. Etonnée car c'est la première fois, elle se penche pour voir. Ce qu'elle voit la ravie. La voilà propriétaire d'une taille d'une finesse extraordinaire. C'est un bonheur.

Cette fois elle rit de bonheur. Elle se trouve belle. Et elle déambule devant Moustique. Pas mal la belette, euh pardon la Guêpe. Soudain, la Guêpe panique. Cette taille fine la rend fragile, la met en danger. Et si elle venait à se fêler, à se csser ? C'est del'ordre du possible, surtout si elle pliait de rire. Elle comprend que rire devient dangereux pour elle. Et tout ça à cause de qui, des ignames du père de Moustik. Par conséquent de Moustik lui-même.

Alors Muz Zon se fâche à piquer. Pour la première fois elle envoie à Moustik un p'tit coup de baïonnet par derrier !
Ilne comprend rien. Surpris il s'écrie "ça n' va pas Muz Zon aïeeeeeeee qu'as-tu fait ?"
Au tour de Moustik de souffrir maintenant

Et
Ye Krick moi
Yekrak vous
... savez maintenant pourquoi Guêpe ou Muz Zon pique sur l'ïle Maurice et chez nous,
et même depuis quand.

A mon avis voilà un conte bel et bien fini.

samedi 25 avril 2009

Cessez de bavasser, dessinez !

Le maître a dit.

L'escargot obéit.
Pas à pas,
pied à pied
trait par trait
point par point.

Au bout de la nuit
l'escargot se couche.
Sur le trottoir
son oeuvre brille.
D'une ponctuation
fil argenté.

L'antenne levée,
"Maître" dit l'Escargot
"J'ai fini !"
Le maître dit "Bravo !"

J'ai suivi ce matin
Pas à pas
Pied à pied
Point par point
Trait par trait
A cloche pied...
le jeu de l'oie de l'Escargot

Pas à pas
Pied à pied
Point par point
Trait par trait
A cloche pied...

"Recommencez" dit le maître

Pas à pas....... Pied à pied.................... Point par point....................
Trait par trait...................... a . Clo........che........pied.....sous........vos.......yeux...........je......le........."fée"

Recette pour faire une poésie incomprise,

Recette "Pour faire un poème dadaïste" de Tristan Tzara
("7 manifestes Dada"; 1924)


"Prenez un journal.
Prenez des ciseaux.
Choisissez dans ce journal un article ayant la longueur que vous comptez donner à votre poème.
Découpez l'article.
Découpez ensuite avec soin chacun des mots qui forment cet article et mettez-les dans un sac.
Agitez doucement.
Sortez ensuite chaque coupure l'une après l'autre.
Copiez consciencieusement dans l'ordre où elles ont quitté le sac.
Le poème vous ressemblera.
Et vous voilà un écrivain infiniment original et d'une sensibilité charmante, encore qu' incomprise du vulgaire."

Sujet, les jeux . Cessez de bavasser, dessinez.

Le maître a dit.

L'escargot obéit.
Pas à pas,
pied à pied
trait par trait
point par point.

Au bout de la nuit
l'escargot se couche.
Sur le trottoir
son oeuvre brille.
D'une ponctuation
fil argenté.

L'antenne levée,
"Maître" dit l'Escargot
"J'ai fini !"
Le maître dit "Bravo !"

J'ai suivi ce matin
Pas à pas
Pied à pied
Point par point
Trait par trait
A cloche pied...
le jeu de l'oie de l'Escargot

Pas à pas
Pied à pied
Point par point
Trait par trait
A cloche pied...

"Recommencez" dit le maître

Pas à pas....... Pied à pied.................... Point par point....................
Trait par trait...................... a . Clo........che........pied.....sous........vos.......yeux...........je......le........."fée"

mercredi 22 avril 2009

Brrrrrr, à faire peur

LA MAIN VERTE
Conte du Dauphiné, façon Lania


Il y a main et main. Il y a main à donner ou à serrer, main à tendre ou à prêter, mains de maître ou mains jointes, mains sales à laver, main de fer à la craindre, ou main de velours à l'espérer, main droite ou main gauche et de la main à la main d'autres mains et demains.
Mais aujourd'hui il y a main verte. La main verte. Non pas celle qui donne de l'âme aux fleurs, mais celle qui donne des peurs à l'âme, l'âme des petites filles.
QUITTEZ VOS LUNETTES ENFANTS QUI EN AVEZ. FERMEZ VOS YEUX SI N'EN AVEZ PAS. L'HISTOIRE S'APPROCHE. L'HISTOIRE VIENT. L'HISTOIRE EST LA.
Il était une fois, une maman demanda à sa fille d'aller chercher sa bassine à laver. "Je ne peux pas y aller, tu vois bien que je nourris ton petit frère" et elle ou elle avait rangé la bassine à laver la dernière fois qu'elle l'avait utilisé. "Allez petite et ramenez-la moi !" L'enfant s'en alla. Sa maman écouta le claquement de ses pas diminuer en direction de la cave, jusqu'à ce qu'ils ne fassent plus tacatac comme ils faisaient sur chacune des marches à claire voie qui descendaient à la cave. Alors la maman imagina les petits pieds. Elle les voyaient se poser sur le sol de terre molle et irrégulière qui étouffait les bruits. Elle imagina l'enfant en train de chercher la bassine en métal. Mais elle ne put imaginer ce que découvrit l'enfant. Pas plus qu'elle ne put entendre le cri que la petite fille poussa en sursautant quand une main verte surgit sous ses yeux et la regarda fixement raide comme une main de fer. La petite fille se figea. Pourtant elle n'avait qu'un seul désir. Fuir. Mais elle était dans l'impossibilité de décoller un seul pied du sol et incapable de bouger un seul doigt. Seules ses oreilles fonctionnaient encore. Quand la Main verte se mit à parler, elles l'écoutèrent. Elle disait :
"Attention fillette, ne raconte surtout pas à ta mère que tu m'as vue sinon ce soir je me régalerai d'une petite fille qui aura trop parlé !"
La petite fille comprit tout. Elle n'avait aucune envie de servir de repas au monstre qui la narguait à trois pas de son nez. Elle lui répondit en s'empêchant maladroitement de trembler : "Je je je ne pense pas que hoc hoc je le dirai à hoc hoc ma mama ma maman, c'est hoc promis !"

A ces mots la Main Verte disparut. L'enfant retrouva peu à peu sa respiration.
Dans la cave il y avait très peu de lumière et beaucoup de toiles d'araignées qui lui caresseraient les cheveux, les bras, les joues ou les mains. Brrrrrr, à l'idée elle frémit encore. Elle ne s'attarderait pas davantage. Elle attrapa la bassine à laver et fit demi-tour sans tarder.



Déjà les petits souliers ne font plus taca tac tacatac sur les marches à claire voie de l'escalier qui surgit de la cave. Ils glissent sur le parquet ciré du couloir. Le coeur de l'enfant bat si fort la chamade que la maman l'entend dès qu'elle apparaît. Elle tourne la tête et s'exclame " Petite, vous pleurez ? Pourquoi donc, dites moi tout, je veux savoir : que vous a-t-on fait ?"La Main Verte dressée au-dessus de la bassine à laver se présente aussitôt à l'esprit de l'enfant. Elle voit l'index accusateur, elle l'entend dire "Attention Petite, ne dis pas que tu m'as vue sinon ce soir je te tue !" L'enfant ferme les yeux. Elle se souvient de sa promesse. Elle se taira. Mais sa maman insiste. Elle demande encore une fois "Pourquoi pleurez-vous mon enfant, pourquoi donc, parlez-moi ! C'est important Je dois savoir !" L'enfant hoquète "Si je vous le dis Ma Mère, la Main Verte me mangera !" Et dans sa gorge trébuche un nouveau hoquet.
"C'est une histoire idiote fillette que vous me racontez-là, une Main Verte qui parle ça n'existe pas ! Si vous continuez ainsi, vous deviendrez conteuse mon enfant ! Une main verte qui aurait envie de manger, ça n'existe pas ! Cessez de pleurez s'il vous plaît. Et n'oubliez pas que de toutes les façons je suis là pour vous garder, pour vous protéger ! Mademoiselle, tant que je serai là personne ne vous mangera !"
Ce sont de belles paroles réconfortantes et pourtant l'enfant se remet à pleurer et à hoqueter de plus belle. Elle est terrorisée. Elle a beau tenir ses yeux fermés, la Main Verte est toujours là. Sa mère insiste : "Alors fillette, racontez-moi tout !".

L'enfant raconte tout ce qu'elle a vu de ses yeux vus "Maman il y a dans votre cave une affreuse Main Verte. Elle m'a sauté au nez du plus profond de la bassine à laver. J'ai eu très peur. J'ai sursauté. J'ai manqué tomber. Elle m'a parlée. Je l'ai écoutée. Elle m'a dit qu'elle me mangerait si je m'avisais de vous raconter !" Et l'enfant se remet à trembler. "Venez dans mes bras, calmez-vous, n'ayez pas peur" dit la mère tout en lui caressant les cheveux. " Montez vous coucher et soyez sans crainte j'irai vous voir dans le milieu de la nuit ! Allez bonne et douce nuit petite !" L'enfant embrasse sa maman qui la regarde avec tendresse. La voilà rassurée. Quelques tac tac tac rapides elle monte les marches deux par deux comme un jeu et au bout de l'escalier elle entre dans sa chambre. Vite je me déshabille et je me couche. La voilà endormie d'un bon sommeil d'enfant. Bientôt la nuit se fait profonde, épaisse, noire et une chouette hulule. C'est à cet instant précisément que dans l'escalier de la cave une planche gémit. Puis une autre et une autre encore. L'enfant est réveillée. Elle a entendu. Mais elle n'entend plus. Elle retient son souffle. Elle écoute le silence. C'est alors qu'une voix dit "Tu m'as désobéi fillette, tu as parlé, me voilà non loin de toi, en haut de l'escalier de la cave. Je viens te prendre et je te mangerai !" L'enfant bouche ses deux oreilles de ses deux mains et elle appuie bien fort sur elles. Mais cela ne l'empêche pas d'entendre de nouveau des pas. "Ni la voix : "Qui m'a désobéi fillette ? Je suis dans la cuisine, j'aiguise les couteaux et je prépare ma tartine pour t'étaler dessus !" Cette fois l'enfant se glace et se coule en entier sous le drap de lit qui est secoué de tremblements. La porte s'ouvre et la voix dit "Fillette qui a trop parlé me voilà arrivée !" Sous le drap le coeur de l'enfant bat de nouveau la chamade. Le lit bouge : son coeur va éclater. "Me voilà près de toi fillette, je vais te manger !" Le drap se soulève et l'enfant s'évanouit. Dans la pâle lueur de la lune, le lit n'est plus qu'une plaque blanche vide ! Dans l'escalier une enfant sidérée pend au bout d'une Main Verte ! Quand le coq chante le jour se lève et la maman aussi. Elle se précipite dans la chambre de son enfant et pousse un cri. Sur le drap blanc une tache de sang. Alors elle hurle puis soudain lui revient en mémoire tout ce que lui a dit l'enfant. Elle disait vrai. Cla cla cla cla cla ses pieds dévalent les escaliers en trombe ; glissent sur le plancher ciré à toute allure, dégringolent de nouveau vers la cave. La Main Verte est bien là. La Maman n'hésite pas. De ses deux mains voilà une Main Verte bel et bien tranchée. L'enfant, toujours vivante, quitte le coin où elle s'était cachée et se jette dans les bras de sa mère. Toutes les deux rient et pleurent de joie. Ouf, cette fois l'histoire est finie. Tout va pour le mieux sauf pour la main qui l'a écrite : elle est bleue de peur.




? chamade : Batterie de tambour ou sonnerie qui annonçait l?intention de capituler dans une ville assiégée
? mais aussi, c?ur dont le rythme s?accélère sous l?effet d?une violente émotion :
Au revoir
Et à bientôt
Le texte original de "La Main Verte" se trouve dans l?ouvrage intitulé
« 365 contes de la Tête aux Pieds » sûrement chez Gallimard sous la direction de Muriel Bloch (à vérifier)